Yayé Mariama Diallo, Cheffe de Cabinet au MPDE : « A mon humble avis, il faut avoir un mari compréhensif, à votre écoute… »

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Issue d’une famille modeste et croyante, Madame Yayé Mariama Diallo, Barry est une dame au parcours fascinant. Contrairement à certaines femmes, cette dame a parcouru le monde pour se former et se perfectionner. Aujourd’hui, Yayé Mariama Diallo est Cheffe de Cabinet au Ministère du Plan et du Développement Économique et Présidente du Réseau Guinéen des Femmes Leaders du Millénaire (REG-FELEM). Un exploit réussi grâce à l’encadrement de ses parents et le soutien sans relâche de son cher époux. Cette brave femme animée d’une modestie et une vision objective est mère de trois adorables garçons dont l’ainé commence l’Université cette année. Dans cette interview, elle nous retrace son parcours et projette ses ambitions dans les années à venir.

Femmetalent.com : Retracez-nous votre enfance ? 

Yayé Mariama Diallo : J’ai eu une enfance heureuse et épanouie au sein d’une famille soudée et solidaire. J’ai été élevée par un Père, ingénieur des Ponts et chaussée et une mère ménagère, pétrie de culture et d’éducation islamique avec des valeurs africaines sachant lire le coran et capable de rédiger des courriers en caractères arabes harmonisés. Ils m’ont transmis des valeurs d’éthique, de respect et du travail bien fait… ils m’ont enseigné le coran et donné le goût de la lecture. Ils ont surtout forgé en moi, une personnalité capable d’exprimer et de défendre ses opinions, cultivé en moi l’esprit d’indépendance et le sens élevé de la responsabilité. Une éducation à l’image de celle de beaucoup de familles africaines contemporaines.

Parlez-nous de votre parcours scolaire et universitaire ? 

J’ai un parcours scolaire assez atypique. En effet, j’ai commencé l’école primaire en Guinée, à l’école primaire de Matam en 1975, ensuite j’ai poursuivi ma scolarité au Sénégal (école primaire de point E) où j’ai fait mon examen d’entrée en sixième et une partie du Collège au Lycée d’Application, actuel Lycée Seydou Nour Tall. Du Sénégal je me suis rendue au Tchad, où j’ai passé mon brevet, au Collège Sacré Cœur. Le Tchad étant à l’époque un pays à peine sorti de son conflit interne, le niveau des enseignants était faible. De ce fait, les sœurs du Collège Sacré Cœur voyant mon niveau m’ont incitée à passer le test du Lycée Sainte Marie d’Abidjan. Test que j’ai réussi haut la main. C’est ainsi que je me suis retrouvée à l’internat de ce prestigieux lycée de jeunes filles de Côte d’Ivoire. Dans ce dernier, j’ai fait partie de l’équipe qui a créé et dirigé le journal du Lycée qui s’appelait Arc-en-ciel. C’est dans cet établissement aussi, que j’ai passé avec succès mes deux BAC. C’est de la Côte d’Ivoire que j’ai regagné ma Guinée natale pour passer deux ans au CELA, Centre d’Études en Langue Anglaise avant finalement de rallier la France. Vous le voyez, j’ai beaucoup voyagé à la quête du savoir ; et en plus de ma fierté d’être guinéenne, je suis une africaine convaincue de la beauté et de la valeur de son continent. Pour faire court, je suis titulaire d’un Diplôme Supérieur de Recherche en Relations Internationales et Diplomatie, d’un DEA en Géopolitique, d’un master professionnel en Relations Internationales et suis, également diplômée de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA de Strasbourg), d’où je suis sortie avec la mention « Magna Cum Laude ».

Madame Yayé Mariama Diallo, Cheffe de Cabinet au Ministère du Plan et du Développement Économique

Que peut-on retenir de votre parcours professionnel ? 

De retour en Guinée, j’ai commencé par un stage au Ministère des Affaires Étrangères, avant de rejoindre l’équipe de Madame Bruce Mariama Aribot, Ministre des Affaires Sociales, de la Promotion Féminine et de l’Enfance, comme Assistante de la Ministre. C’est de là que j’ai été recrutée par l’ONG internationale CECI-Guinée, comme chargée de projets, où je suis restée quatre ans.

Ensuite, j’ai bénéficié de la confiance des autorités avec ma nomination en qualité de Directrice Nationale de la Décentralisation (DND), sur proposition de Feu Ibrahima Naby Diakité. En tant que DND, j’étais aussi Coordonnatrice de la Composante B du PACV et du Programme Gouvernance. C’est de cette position que j’ai rejoint le Ministère de la Coopération Internationale d’alors, où j’ai été chargée de l’opérationnalisation de l’Agence Guinéenne de Coopération Technique. A l’avènement à la tête du Département du Plan et de la Coopération Internationale, de Mme la Ministre Kanny Diallo, j’ai été promue au poste de Cheffe de cabinet. Et grâce à la confiance renouvelée du Chef de l’État, Pr Alpha Condé et de Mme la Ministre Kanny Diallo (que je remercie vivement au passage), j’ai été confirmée, au même poste, au sein du nouveau Ministère du Plan et du Développement économique.

Parmi tant de domaines, pourquoi le choix de votre domaine dans lequel vous évoluez aujourd’hui ?

Je ne dirai pas que c’est un choix, ce sont plutôt des obligations professionnelles liées à la carrière. C’est en effet, une décision de Mme la Ministre Kanny Diallo qui a eu confiance en mes capacités et qui m’a proposé à ce poste. Ce choix, c’est aussi et surtout, la réaffirmation de l’engagement de Monsieur le Président de la République, qui a dédié son mandat aux Jeunes et aux Femmes qui a bien voulu ainsi entériner cette proposition en actant ma nomination. J’en suis très honorée.

En effet, le poste de Cheffe de Cabinet comporte beaucoup de défis à relever sur le plan de la coordination des interfaces avec les partenaires, sur le plan du management des ressources humaines et de la gestion administrative. C’est un poste à plein temps, qui exige rigueur, efficacité et pro activité pour aider le cabinet et l’ensemble des travailleurs à atteindre les objectifs assignés au département. D’ores et déjà je salue l’appui et la franche collaboration dont je dispose au sein du Département. Nous sommes une équipe, une grande famille que gère avec rigueur et responsabilité, Mme la Ministre Kanny Diallo.

Citez-nous quelques grands concours auxquels vous avez participé ?

Le concours où j’ai pu participer c’est au concours de l’École Nationale d’Administration (ENA) de Strasbourg où sur trente candidats finalistes, j’étais la seule femme.

Une Cheffe de Cabinet au service de la Nation guinéenne

A ce jour, vous faites partie des femmes intellectuelles modèles en Guinée. Quel est votre secret à cet effet ?

Le secret, c’est d’aimer et de respecter ce qu’on fait ! Le faire non seulement avec passion et professionnalisme mais pour réussir à relever ces défis du quotidien. À mon humble avis, il faut avoir un mari compréhensif, à votre écoute. Un conjoint qui vous comprend dans vos difficultés et qui vous encourage à aller de l’avant. Votre force, c’est de savoir qu’il sera toujours là pour vous soutenir et vous prodiguer des conseils utiles et pratiques. Je pense que c’est le lieu de rendre un vibrant hommage à mon cher et tendre époux pour sa gentillesse et son soutien indéfectible.

Un autre secret, c’est de cultiver l’esprit d’équipe, vous entendre avec vos collaborateurs, auprès desquels vous pouvez aussi apprendre tous les jours. Il ne faut jamais avoir honte de demander quand on n’a pas compris. Être humble et accessible mais rigoureux sur le respect des principes et des valeurs.

Comment vous arrivez à concilier votre carrière professionnelle et votre vie de famille ?

Le secret pour que ça marche, c’est la communication, la confiance mutuelle et le soutien total de mon mari et le soutien de la famille (frères, sœurs et tantes). Mon mari et moi, nous encourageons dans nos carrières respectives et notre bien-être passe par notre épanouissement professionnel. Il faut aussi accepter le fait qu’en tant que femme, vous ne pouvez pas être sur tous les fronts et réussir partout, vous n’êtes pas cette femme parfaite que véhicule la société.

L’équilibre entre boulot, enfant et vie de couple nécessite une bonne organisation, des compromis et la mise en place de règles simples.

Quelles sont vos difficultés rencontrées? 

La difficulté majeure, c’est ce stéréotype « de femme responsable et jeune » qui nous colle dans un milieu d’hommes, souvent plus âgés que vous. Une pesanteur socio culturelle pas souvent facile à gérer… heureusement que je suis bien entourée au MPDE, petit à petit, ensemble, on arrive à dépasser ces obstacles pour atteindre nos objectifs communs. Vous savez, dans la gestion des ressources humaines, il faut savoir concilier la force des uns avec la faiblesse des autres. En somme, il faut savoir tirer le meilleur de chaque personne.

Quelles sont vos ambitions et projets dans les années à venir ? 

Mes ambitions, d’abord réussir l’éducation de mes trois garçons, rendre mon mari heureux tout en menant parallèlement une grande carrière dans l’Administration guinéenne. Ensuite, c’est de participer activement au développement socioéconomique de mon pays en contribuant à l’amélioration des conditions de vie et de travail de la femme guinéenne en particulier et de la population guinéenne en général. C’est pourquoi, je m’implique activement dans les activités du REG-FELEM (Réseau Guinéen des Femmes Leaders du Millénaire), une ONG dont je suis la présidente exécutive.

Enfin, être de la génération active des Guinéens qui feront de la Guinée, un pays émergent, uni et prospère à moyen terme.

Vos conseils à la jeune génération (fille et femme) ?

Je conseille aux jeunes filles de s’accrocher et surtout se battre pour terminer leurs études, quel que soit l’obstacle. En effet, il y va de leur épanouissement futur. Cette phrase tirée d’un Discours prononcé à la réunion des dirigeants mondiaux pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (le 27 septembre 2015) résume ma pensée sur l’importance que revêt la femme à mes yeux : « Les femmes sont les créatrices d’une richesse à la fois matérielle et spirituelle et constituent une force motrice importante du développement et des progrès sociaux. Sans les femmes, il n’y aurait ni la continuité de l’être humain ni celle de la société. »

Je voudrais aussi les exhorter (filles et femmes) à s’engager dans le mouvement associatif pour aider leur prochain et contribuer au développement socioéconomique du pays. Le mouvement associatif, c’est la vraie école de la vie !

A Femmetalent, merci de m’avoir offert l’opportunité de m’exprimer dans vos colonnes pour partager ma modeste expérience et mon parcours personnel avec vos aimables lecteurs et lectrices. Bonne chance à votre organe !

La Rédaction

1 COMMENTAIRE

  1. J’ai beacoup apprécié cet interview claire net et concis.
    Je suis heureux pour cette dame compétente qui fait la fierté de la femme guinéenne en particulier et en général la Guinée entière. Seul bémol elle est Mme Barry. Lol

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