Djenabou Diallo, Administratrice du site friaguinee.net : « Nos droits ne peuvent pas être respectées sans nous »

0
673
Madame Djenabou DIALLO, Journaliste et Administratrice du site friaguinee.net

Djenabou Diallo est une dame qui se bat pour le respect des droits des femmes à Fria. Elle est entrepreneure et enseignante dans cette préfecture. Dans cette interview exclusive qu’elle nous a accordée, elle retrace son parcours professionnel et invite les femmes au travail.      

femmetalent.com : Veuillez-vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Djenabou Diallo, âgée d’une trentaine. Mariée et mère de cinq enfants dont un garçon. Passionnée de lecture, de cinéma africain et de voyage, je suis une femme très patiente qui ai beaucoup foi en Dieu mais qui reste convaincue que la vie est un combat pour toujours. Je suis également l’Administratrice du site d’informations générales friaguinee.net.

Parlez-nous de votre enfance ?

Je suis née à Fria. Dès l’âge de trois ans, mon homonyme (jeune sœur de ma mère) m’a récupérée. J’ai vécu chez elle à Conakry jusqu’à l’âge de 12 ans. Comptable de profession, cette femme intellectuelle qui n’avait pas d’enfants à l’époque, a consacré ses efforts sur mon éducation puisque disait-elle, “je suis son seul enfant“. Ainsi dès l’âge de 5 ans, ne pouvant pas me laisser seule à la maison (Belle Vue) pour aller travailler à l’Université Gamal, elle décide de me confier au Directeur de l’école primaire de Donka qui était proche de son bureau. Sans être inscrite sur la liste des élèves de la 1ère année, j’y suivais régulièrement les cours et participais aux différentes évaluations.

Le Directeur a remarqué que je n’étais pas mal, il a convoqué mon homonyme et lui a dit que la petite qu’elle lui a confiée est bien. Elle a validé toutes les matières. Donc, je te suggère de l’inscrire l’année prochaine en 2ème année, disait-il. C’est ainsi que je suis rentrée à l’école. J’ai passé une enfance tendre et joyeuse, je ne manquais de rien chez mon homonyme qui m’a inculquée des valeurs dont je suis fière aujourd’hui. A Fria, chez mes parents, tout n’était pas rose puisque c’est une famille polygame de 12 enfants. Malgré tout, j’ai su m’imposer et m’en sortir grâce à l’éducation de base que j’ai reçue chez mon homonyme. L’école coranique était une exigence, ce qui m’a amené à lire le coran entier.

Que peut-on retenir de votre parcours scolaire ?

En 1994 je décroche le C.E.P.E et entame le secondaire au collège 1 Donka. Après deux mois de cours, je suis tombée gravement malade et puisqu’à l’époque l’hôpital de Fria était le meilleur du pays, j’y suis allée pour mes soins. Je n’ai pratiquement pas fait la 7ème année. Mais mon père, ayant confiance à mon niveau, propose de m’inscrire en 8ème année. J’ai fait un test de niveau où je m’en suis sortie avec brio. Je suis alors au collège Josip Broz Tito de Fria jusqu’en 1998. Admise au B.E.P.C, j’ai choisi l’option sciences sociales. Les bacs 1 et 2 ne m’ont causé aucun problème. Mais j’ai échoué pour la première fois, au concours d’accès à l’Université. L’année suivante, j’ai repris le concours et j’ai été orientée à l’Institut Supérieur des Sciences de l’Éducation de Guinée (ISSEG) de Lambanyi, département langue française. Après l’ISSEG, je me suis inscrite à l’Institut Supérieur de Formation à Distance (ISFAD) où j’ai obtenu une licence en développement communautaire.

Quand avez-vous entamé votre vie professionnelle ?

Ma vie professionnelle a démarré en 2009, après une longue période de convalescence. J’ai commencé à dispenser des cours dans les écoles privées. En 2013, cumulativement à l’enseignement, j’ai décroché un stage à la radio “La voix de Fria“. C’est là que j’ai découvert mon talent caché. Rapidement, j’ai su conquérir le cœur des auditeurs de la cité. L’émission ‘’sens interdit’’ est vite devenu une émission phare que personne ne voulait rater. En 2016, la soif d’intégrer la fonction publique m’a guidée vers la radio rurale. A l’issu d’un test (1ère/15 candidats), j’ai été retenue et nommée cheffe des programmes, poste que j’occupe jusqu’à présent. L’intégration à la fonction publique n’ayant pas été effective à la radio rurale, j’ai tenté au compte de l’éducation en 2016. Admise, je suis mutée au Collège Hadja M’Mah Camara de Fria comme professeur de français. Battante et dynamique, à côté de mes fonctions de professeur et cheffe des programmes d’une radio, j’ai été correspondante du site guineematin.com. Entre temps, j’ai créé l’Association de Défense des Droits des Femmes en 2017 et je dirige la Plateforme Préfectorale de la Jeunesse à l’heure actuelle.

Qu’est-ce qui explique votre motivation pour la création du site friaguinee.net?

C’est après une sévère maladie cardiaque pour laquelle la presse guinéenne s’est levée jusqu’à l’obtention d’une évacuation sanitaire, j’ai subi une chirurgie cardiaque qui m’a éloignée du micro. L’amour du métier m’a amenée à créer le site d’information friaguinee.net.

Qui a été votre référence dans le métier de journaliste?

Depuis mon enfance, la grande présentatrice télévisée à l’époque, Hadja Aissatou Bella Diallo était pour moi, la femme à qui je devais ressembler. Dans le but de lui ressembler, j’ai aimé le journalisme de sorte que la télé et la radio étaient mon divertissement préféré. Dans mon développement personnel, j’ai vite compris que le journalisme était mon domaine.

Qui est à la base de votre réussite?

Je ne parlerai pas de réussite mais de grâce. Pour moi, l’homme qui m’a épousé est une grâce dans la mesure où il me comprend, me soutient et s’implique dans tous mes projets. La réussite, l’autonomie d’une femme mariée dans la paix du cœur, passe nécessairement par le soutien de son mari sinon c’est le stress, les disputes et finalement c’est le divorce.

Quel est votre combat aujourd’hui ?

Je me bats pour le respect des droits des femmes de Fria pour leur autonomisation et tant d’autres. Mais je rêve d’avoir un centre éducatif et de réinsertion sociale des adolescentes en déperdition car, l’adolescence est une période très difficile, à laquelle les jeunes filles ont besoin d’un grand soutien moral et non être rejetées. On rencontre pas mal de jeunes filles qui sont en conflit avec leurs parents parce que les parents ne savent pas communiquer avec elles. Ils ne savent pas les gérer à cet âge. S’il existe un centre d’orientation spécialisé en ce sens, je pense que le taux de prostitution, de grossesse et mariage précoce, va considérablement baisser.

Quels conseils avez-vous à prodiguer à l’endroit des femmes guinéennes?

Aux jeunes filles et femmes, j’en appelle à une prise de conscience collective. Nos droits ne peuvent pas être respectés sans nous. Il faut qu’on accepte la formation qu’elle soit scolaire ou professionnelle. Il faut qu’on se perfectionne, qu’on arrête de nous contacter du peu ou du mariage. Nos familles, nos époux et nos enfants ne doivent plus constitués des obstacles pour notre émancipation. Brisons la haine, l’hypocrisie entre nous femmes, entre-aidons nous afin d’atteindre le sommet ensemble.

Interview réalisée par Fatoumata Ibrahiam CAMARA

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici